SEXUALITÉ LA SIMULATION D’ORGASME

Beaucoup de Marocaines le font. Constat C’est l’histoire de Fatima, une jeune femme marocaine. Peut-être l’avez-vous croisée un jour, au coin de votre rue, ou dans un supermarché ou même dans un hammam. Dans tous les cas, son histoire pourrait être la vôtre, ou celle de votre meilleure amie, ou tout simplement de votre petite soeur…Si nous écoutons son histoire, tout le monde dira que c’est une femme comblée mais en fixant profondément son regard, nous découvrirons une lueur triste…Pourquoi? Que nous cache cette belle façade?Fatima a 28 ans, mariée depuis 5 ans et est amoureuse de son mari. Elle a un petit garçon en bonne santé et une maison spacieuse. Financièrement parlant, sa petite famille s’en sort bien.Vous me direz, une petite vie parfaite! Eh bien NON!Son enfance s’est déroulée «normalement» c’est-à-dire une mère, femme d’intérieur, s’occupant de la maison, de son mari et de ses enfants, et un père travaillant toute la journée pour subvenir aux besoins de sa famille, tout en gardant un oeil sur l’éducation de ses enfants qui devait surtout être stricte et respectueuse des traditions.Fatima a grandit dans le besoin perpétuel d’être agréable aux autres, serviable et ses désirs passent toujours après ceux.

Elle rencontra son futur mari à la faculté, et ce fût le coup de foudre. Un mois plus tard, elle se maria avec lui et c’était l’accomplissement de son rêve de jeune fille.

Mais voilà, depuis 5 années de mariage, un nuage est apparu dans sa vie d’une manière insidieuse. Malgré une vie sexuelle assidue et fréquente, Fatima ne comprend plus rien à ce qui lui arrive. En effet, certaines de ses amies racontent avoir un ou plusieurs orgasmes avec leur époux, et donc affirment une satisfaction sexuelle totale. Elle n’en revient pas: «Je ne sais plus si elles disent la vérité ou non, si elles exagèrent ou pas mais ce dont je suis certaine c’est que je ne sais pas ce que c’est qu’un orgasme». Au début, elle se disait que ce n’est pas si important que cela… puis, elle se consola en se disant encore que cela viendra sûrement et que l’essentiel est qu’elle aime son mari et que lui, est satisfait… Bref, aujourd’hui, elle n’en peut plus de le voir jouir en restant spectatrice! Après 5 ans de frustration, elle commence à lui en vouloir malgré elle. «Je ne suis pas masochiste!» me dit-elle les larmes aux yeux.«Que faire? Je me sens coupable de ne pas réagir sous les caresses de mon mari. Il fait vraiment tout pour me satisfaire, mais je ne sens rien. Souvent, je me sens tellement gênée que je fais semblant d’avoir un orgasme… Lui, il me croit ou fait semblant de me croire pour ne pas soulever un problème qui déstabilisera sérieusement notre couple car maintenant, je n’ai plus aucune envie de lui et j’appréhende le soir…Ce qu’endure Fatima, plusieurs jeunes femmes le vivent également, et pourtant, la solution pourrait être juste à la portée de leur main. La cause essentielle de ce problème est l’absence totale de l’éducation sexuelle dans notre milieu. Chacun d’entre nous, quel que soit son niveau d’études et le nombre de ses diplômes (pharmaciens et médecins y compris) n’a jamais eu une éducation sexuelle proprement dite. Tous les renseignements concernant la sexualité ont été récoltés chez des amis, des revues, ou même des films érotiques! Et c’est là ou réside le grand problème! La plupart de ces informations sont erronées: des images extrêmes de femmes et hommes supers, des réalités aberrantes du comportement sexuel, l’absence totale de sentiments et une «robotisation» des êtres humains…La plus grande partie de la guérison de Fatima est qu’elle est arrivée à en parler et est venue consulter. Une thérapie fût démarrée avec essentiellement une éducation sexuelle, un réajustement relationnel conjugal et une restauration de l’éroticité du couple.J’aimerais conclure en soulignant une chose importante: au sein d’un rapport de couple, le désir doit être nourri en permanence pour garder une sexualité harmonieuse. On pourrait comparer le couple à une automobile, dans laquelle il est indispensable de mettre de l’essence, de temps à autre, si l’on ne veut pas se retrouver sur le bord de la chaussée.Une bonne communication dans le couple est également l’un des piliers les plus importants de la pérennité de celui-ci. Nous en parlerons dans le prochain article.

Édition N° 1034 du 08/06/2001
http://www.leconomiste.com/

Dr. Amal CHABACH

la Première Femme Médecin Sexologue au Maroc et dans les pays Arabes, ayant eu son diplome de sexologie en 2000, à Paris, à l’Université Bobigny, aprés 3 années d’études post universitaires.

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